Hommage à Steve Jobs
Très longtemps, je n’ai pas aimé Apple : trop beau pour être vrai. Je sentais de l’insincérité derrière cette promesse de liberté et de fluidité, comme une machine trop bien huilée pour sincèrement produire du rêve. La dévotion des adeptes de la marque m’agaçait, je me moquais de leur inconditionnalité. En comparaison, mon PC et mon vieux Nokia me semblaient presque des choix alternatifs face à l’Applemania omniprésente. Un réflexe de peur ou de défense, sans doute .
Et puis est arrivé le jour où j’ai eu un Iphone. Et là, j’ai été bluffé, bien sûr. L’effacement du contenant au profit des contenus ; la simplicité ; l’intégrité; le respect de l’utilisateur ;la multiplicité des possibles. La jouissance de la liberté. Bref, j’ai commencé à me demander : pourquoi est-ce si total, à quoi cet objet-là carbure-il donc ?
Dans les jours, les mois, et sans doute les années à venir, on va beaucoup lire sur Steve Jobs. Son génie créatif, son génie de businessman, son génie tout court. Sa contribution au monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pour moi, Jobs n’a jamais imaginé Apple comme une marque de technologie. C’est devenu une marque culturelle, quasi cultuelle, même, mais ce n’est qu’une conséquence. Finalement, la grande idée de Jobs, c’est peut-être d’avoir replacé notre corps, donc notre désir, au cœur du monde : l’œil ; l’oreille ; le doigt, qui fait basculer des pans entiers d’univers sensoriels en se promenant sur une dalle éclairée. Apple nous dit : la connaissance est affaire de sensations, de fluidité, de relations, pas d’intelligence. Nous sommes tous embarqués dans la grande aventure du savoir et il y a des milliards de voies de traverse pour la vivre. Bien plus qu’une marque, Apple incarne un manque. Apple porte en creux notre désir du monde, et la frustration de ne pas pouvoir le consommer tout entier. Apple nous dit : la connaissance est appétissante, elle est là pour être chapardée, partagée, et croquée avec avidité – le menton ruisselant et l’oeil écarquillé.
Ecoutons le discours de Jobs aux étudiants de Stanford
Voilà un homme qui nous raconte trois histoires incroyablement sombres, et incroyablement lumineuses à la fois. La première, celle du renoncement, révèle l’importance de décider. La seconde, celle de l’échec, met en lumière les vertus de l’humilité. La troisième, celle de la mort - provisoirement repoussée- , nous parle de l’importance de l’envie, du désir. « Soyez insatiables, soyez fous », leur dit-il, nous dit-il. Quel message !
Que peut-on en conclure ? Nous avons été chassés du paradis terrestre. Soit. Nous sommes devenus étrangers à nous-mêmes et aux autres. Peut-être. Alors, nous autres vagabonds de la connaissance, volons les pommes au bord des chemins, débrouillons nous pour faire converger notre désir, et faire un bout de route ensemble. Il en sortira bien quelque chose.
Merci, M. Jobs.



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